La Forme Yang et ses Applications Martiales

Taolu Style Yang

LE TAOLU DANS LE STYLE YANG

Le style Yang est célèbre pour ses mouvements amples, fluides, lents et réguliers. L’exécution se fait à hauteur constante (bassin stable) avec une posture ouverte et détendue (Song).
De l’Ecole Tung, nous pratiquons la forme longue traditionnel des 108 (ou 89) mouvements qui est structurée de manière très spécifique autour des Trois Trésors ou Trois Pouvoirs (San Cai 三才) de la cosmologie taoïste : la Terre, l’Homme et le Ciel.
Cette division n’est pas seulement un découpage chronologique de la forme (Partie 1, Partie 2 et Partie 3) ; elle correspond à une progression pédagogique, énergétique et martiale bien précise

  1. La Première Partie : La Terre (Di 地)

La première section de la forme est la plus courte et pose les fondations de toute la pratique.

  • C’est la phase de l’ancrage, de la structure et de la matérialité.
  • Symbolique taoïste : La Terre représente la stabilité, la gravité, la nourriture et le support. Elle fournit l’énergie nécessaire pour s’élever.
  • Objectifs pédagogiques et martiaux :
    • Enracinement (Gen) : Apprendre à descendre le centre de gravité (Dantian), stabiliser les appuis et sentir le poids du corps s’enfoncer dans le sol.
    • Alignement postural : Corriger le placement du bassin, de la colonne vertébrale et relâcher les tensions superficielles (Song).
    • Les bases du mouvement : Cette partie introduit les mouvements fondamentaux de la forme Yang (Etreindre la queue de l’oiseau,  Simple Fouet et Brosser le genou).

  • Au niveau énergétique : On travaille principalement sur le corps physique, la force musculaire détendue et la circulation du sang et des fluides.
  1. La Deuxième Partie : L’Homme (Ren 人)

La deuxième section est plus longue et complexe. Elle fait le lien entre les fondations solides de la Terre et les aspirations spirituelles du Ciel.

  • C’est la phase de la circulation, de l’interaction et du développement martial.
  • Symbolique taoïste : L’Homme se tient debout entre la Terre et le Ciel ; il est l’intermédiaire qui harmonise le bas et le haut, l’interne et l’externe.
  • Objectifs pédagogiques et martiaux :
    • Fluidité et continuité : Les mouvements deviennent plus dynamiques, intégrant des changements de direction à 180° et 360°.
    • Développement du Chi (Qi) / Energie : Une fois le corps ancré (Terre), l’énergie interne commence à circuler librement à travers le buste et les membres grâce au travail de la taille (Yao).
    • Enrichissement martial : Introduction de techniques de frappes et de coups de pied variés.
  • Au niveau énergétique : On passe du travail purement physique à la gestion du souffle (Qi) et au ressenti des intentions martiales.

3. La Troisième Partie : Le Ciel (Tian 天)

La troisième et dernière section est la plus aboutie de la forme.

. C’est une phase de la transcendance, de la liberté du mouvement et de l’intégration spirituelle.
. Symbolique taoïste : Le Ciel représente l’infini, la clarté, l’esprit (Shen) et la légèreté.
. Objectifs pédagogiques et martiaux :
– Unité et Intégration : Les mouvements semblent sans effort.
– L’ancrage (Terre) et la circulation (Homme) sont complètement assimilés, permettant une exécution fluide et aérienne.
– Maîtrise de l’Esprit (Shen) : L’attention n’est plus portée sur la mécanique du corps, mais sur la présence globale, la vigilance calme et la méditation.

Complexité technique finale : Elle reprend et amplifie les difficultés de la deuxième partie (postures basses comme “Le Serpent qui rampe”, coups de pied sautés ou équilibres sur une jambe), exécutées avec une parfaite sérénité.

Au niveau énergétique : L’énergie corporelle (Jing) transformée en souffle (Qi) nourrit désormais l’esprit (Shen). C’est l’état d’harmonie totale entre l’interne et l’externe.

Synthèse de la progression dans l’Ecole Tung 

Dans la tradition Tung, la forme ne s’arrête pas au simple apprentissage des gestes : traverser les phases Terre, Homme et Ciel, c’est refaire le cheminement d’accomplissement personnel propre aux arts internes taoïstes.
 Maitre Tung Kai Ying “Il faut pratiquer avec assiduité, avoir une attitude calme, humble et enjouée. L’on peut alors commencer à en comprendre, humblement, la signification et les principes, et, au fil du temps, trouver sa récompense : un corps fort et sain, l’esprit clair et attentif et l’ame sereine et joyeuse”

Ainsi le Taolu est un outil de conditionnement et de mémorisation corporelle qui permet de :
– Développer l’enracinement et l’alignement postural.
– Synchroniser le souffle avec le mouvement de la taille (Yao).
– Intégrer les trajets d’énergie et les principes martiaux sans risque de blessure.

LES APPLICATIONS MARTIALES (Yong Fa 用法)

Bien que le Taïchi Chuan œuvre pour améliorer sa santé, il est un art martial interne (Neijia).
Chaque posture du Taolu dissimule une ou plusieurs techniques de combat réelles.

Les principes martiaux sous-jacents :

Le style Yang applique la stratégie de la non-résistance (“céder pour mieux vaincre”) :

Dévier et réorienter : Absorber la force de l’adversaire plutôt que de l’affronter brutalement de face.

Pour cela, nous utilisons les 4 forces de base : Peng, Lu, Ji, An :
– Peng (Parer, Défensif/Absorber) : Structure élastique qui repousse l’impact.
– Lu (Tirer/Dévier) : Accompagner la force adverse vers le vide.
– Ji (Presser) : Percuter en concentrant l’énergie à deux mains.
– An (Pousser) : Éjecter l’adversaire à partir du centre de gravité (Dantian).

Le Taïchi Chuan comporte aussi des techniques de Qin Na (Clés d’articulation) et Fa Jin (Explosion de force), qui respectivement, sont des contrôles des membres et des frappes explosives à courte distance.

Au sein de “Taïchi au fil de soi”, nous travaillons sur les Applications Martiales pour que, comme il a été dit précédemment, les Taolus aient un sens. Nous ne pratiquons pas de combat. Nous travaillons selon les différents principes pré-cités dans le respect du partenaire qui n’est pas un adversaire.

 

Le Taolu est ainsi la matrice théorique et physique ; l'Application Martiale est sa concrétisation face à un partenaire (souvent travaillée en parallèle avec le Tuishou ou "Poussée des mains").